Avant dix-huit heures, Toulouse est une ville d'ingénieurs, d'étudiants en master à Paul-Sabatier, de cadres de l'aéronautique qui rentrent en voiture sur la rocade. Après dix-huit heures, c'est une autre ville. Les bistrots de Carmes se remplissent, les berges du Ramier se garnissent en été, et Saint-Cyprien retrouve sa cohorte locale du soir. SexeFriend ne fonctionne pas avant ce basculement, parce que personne n'ouvre l'app entre neuf et dix-sept heures. La cohorte se réveille au coucher du soleil, et c'est là que la lecture commence.
Toulouse n'est pas Bordeaux et ce n'est pas non plus Marseille. La ville rose n'a pas de port, pas de chais, pas de calanques. Ce qu'elle a, c'est cent vingt mille étudiants, deux campus séparés par la Garonne, et une industrie aéronautique qui pèse soixante mille emplois directs sur Blagnac et Colomiers. La cohorte SexeFriend toulousaine se compose de cette double sociologie, jeunes en fin de master et cadres en plein milieu de carrière. Le ton du premier message en dit long sur l'origine du profil, à condition d'apprendre à lire.