Au Havre, la routine du jeudi soir s'est construite sans qu'on la décide. Tu sors du bureau vers dix-huit heures, tu poses ton sac à la maison, tu retrouves quelqu'un au Bouche à Oreille rue Bernardin de Saint-Pierre, puis tu glisses vers Avenue Foch et Saint-François. La cohorte havraise sur SexeFriend connaît ce parcours et l'utilise comme repère. Les couples mixtes en exploration ouvrent leur app entre vingt et une et vingt-trois heures, écrivent court, calent un verre dans la même semaine.
Avant le retour au pays, tu ne pensais pas que la ville natale pourrait redevenir un terrain de rencontres. Tu avais quitté Le Havre à vingt-deux ans pour Paris ou Lyon, tu reviens à trente-cinq avec un autre regard sur les avenues larges et les terrasses bétonnées de Perret. Après le retour, SexeFriend te montre que la cohorte havraise a changé pendant ton absence, plus précise dans ses intentions, moins frileuse sur les configurations à trois ou en couple ouvert, et moins préoccupée par le regard du voisin.