Le métal froid d'une bouche de métro à Lille, station République Beaux-Arts, un jeudi à 18h17. Quatre marches descendues à l'envers parce qu'un type tient la porte à quelqu'un qui hésite. Vingt minutes plus tôt, deux personnes se sont écrites sur SexeFriend sans savoir qu'elles prendraient la même rame. Le premier message tient en six mots, la réponse en quatre. Le premier verre se fixe à la Capsule, deux stations plus loin, parce que c'est sur le trajet de retour des deux. Aucune mise en scène, juste deux trajets qui se croisent en semaine.
Vue large sur la région : cinq cents kilomètres de frontière belge, deux cent vingt kilomètres de côte sur la Manche, six millions d'habitants étalés du littoral picard à la Sambre. Sur SexeFriend, l'activité se concentre autour de trois pôles : la métropole lilloise (Lille, Roubaix, Tourcoing), l'axe maritime Calais-Dunkerque, et Amiens. Zoom sur Roubaix, un mercredi soir, dans un café de la rue Pierre Motte. Deux personnes s'assoient à une table d'angle. L'une habite la Cité des Trois Suisses reconvertie en logements, l'autre traverse depuis Croix tous les matins pour aller travailler.
Hier au Quai Bélu à Amiens. Une fille m'a dit qu'elle venait de rentrer en Picardie après cinq ans à Paris, et que la première chose qu'elle avait remarquée, c'est que les gens posaient leur intention plus tôt dans la conversation. C'est exactement comme ça que la région fonctionne, du littoral à la métropole lilloise, en passant par Roubaix, Arras ou Saint-Quentin. On écrit moins de messages, on les écrit plus francs, on fixe un verre en milieu de semaine, et on voit ce qui se passe sans la chorégraphie de quinze échanges.