L'outre-mer n'est pas une carte postale tropicale envoyée depuis l'Hexagone. Ce n'est pas un décor pour escale en quête d'aventure exotique. C'est un ensemble de territoires francophones, à douze heures de Paris pour Papeete, à quatre pour Cayenne, à cinq pour la Guadeloupe et la Martinique, et à plus deux pour La Réunion et Mayotte. Le créole se parle au comptoir à Pointe-à-Pitre, à Fort-de-France et à Saint-Denis, parfois mêlé au français, parfois pas. SexeFriend lit ce registre sans l'aplatir et sans le folkloriser.
La condensation sur le verre de ti-punch à 19h45, terrasse du Barachois à Saint-Denis. Tu la regardes descendre lentement pendant que la lumière dorée passe sur les bambous du jardin de l'État. Le téléphone vibre à côté du verre, une notification SexeFriend, un profil qui répond depuis Saint-Pierre, vingt minutes après ton message. L'écran reste mat sous la lampe tamisée du bar. Tu ne réponds pas tout de suite. Tu reposes le verre, tu laisses la conversation du comptoir traverser le silence, et tu prends ta réponse pour 20h12, posée, sans précipitation.
Samedi 22h18, Place de la Savane à Fort-de-France. Trois Foyalais que je n'avais jamais croisés deux jours plus tôt, et un profil SexeFriend qui s'est révélé être celui d'une voisine du Lamentin. Le carnaval bat son plein dans la rue voisine, les costumes des Marianne La Po Fig descendent vers la Pointe Simon, et la conversation se cale au comptoir d'un bar du Foyal sans avoir besoin d'élever la voix. Trois heures plus tard, la cohorte foyalaise comptait quatre personnes que je ne connaissais pas trois soirs plus tôt.