Il pleut sur la Bretagne depuis trois jours, fin novembre, vent d'ouest qui rabat les portes du Centre-ville de Brest et tasse les terrasses de Rennes. Les profils SexeFriend de la région remontent en activité de la Toussaint à mars, parce que le climat océanique pousse les rencontres vers l'intérieur des bars, des caves de bagadou, des arrière-salles de crêperies du Vieux Rennes ou de la rue Saint-Michel. La pluie longue ne ferme pas la cohorte, elle la déplace dans des lieux plus tassés et plus prolongés.
En Bretagne, le jeudi soir n'est pas devenu le nouveau vendredi, il l'a toujours été. Personne ne l'a décidé. À Rennes, les étudiants de Rennes 1 et de Rennes 2 lancent la sortie à dix-huit heures rue Saint-Michel, à Brest la rue de Siam ouvre le bal vers dix-neuf, à Vannes la place des Lices se remplit dès vingt heures. Le fest-noz du jeudi soir, dans une salle communale d'un village du Morbihan, reste une institution. La cohorte SexeFriend épouse ce calendrier, écrit plus court et plus franc le jeudi que le vendredi.
La Bretagne se vit en réseau, et le réseau ne plie pas. Rennes porte la masse universitaire et culturelle, Brest tient le Finistère et la mer d'Iroise, Quimper garde le centre breton, Vannes regarde le golfe, Saint-Malo joue sa partition intra-muros, Lorient ouvre la fenêtre celtique chaque été, Saint-Brieuc tient la baie au nord. Sur SexeFriend, les profils bretons écrivent sans cérémonial, posent ce qu'ils cherchent en trois lignes franches, acceptent un train ou une nationale pour un soir, parce que la région se traverse en deux heures.