Vingt et une heures, un jeudi d'octobre. La Chaux-de-Fonds sort lentement de la journée, les bars de l'avenue Léopold-Robert tournent à plein, le brouillard reste accroché en dessous de huit cents mètres. Sur SexeFriend, l'activité du canton grimpe entre dix-neuf et vingt-deux heures, surtout dans le Haut. Au Locle, les profils se connectent en début de soirée parce qu'on ne traîne pas dans la nuit du Jura. En bas, à Neuchâtel et Auvernier, ça se prolonge jusqu'à minuit passé, avec le lac comme repère et la pluie sur les pavés du quai Osterwald.
L'odeur de l'absinthe au bar des Six-Communes à Môtiers, un vendredi de février. Tu te souviens de la verte qui se trouble dans le verre, et du regard qui s'attarde par-dessus la cuillère perforée. Le Val-de-Travers a sa rugosité propre, ses anciens ateliers reconvertis en distilleries, ses villages où chacun connaît qui va où. SexeFriend laisse les profils du vallon écrire ce qu'ils cherchent sans s'inventer une vie qui ne tient pas. Le brouillard, dans cette vallée, n'arrange pas la mise en scène. On parle franc ou pas du tout.
Le canton est petit. Cent quatre-vingt mille habitants ne font pas une métropole, et personne ici ne prétend le contraire. La Chaux-de-Fonds garde son urbanisme en damier classé à l'UNESCO. Le Locle prolonge le même quadrillage horloger sur trois kilomètres. Neuchâtel descend vers le lac avec la Collégiale en haut et le port en bas. Sur SexeFriend, les profils du canton savent qu'ils peuvent se recroiser à la gare CFF, au Coop de Colombier, ou sur la Place Numa-Droz un samedi matin. La discrétion devient une habitude, pas une option à cocher.