Sofia travaille comme chargée de mission à la Mission permanente du Brésil, vit à Carouge, sort à Plainpalais. Elle a posé son contrat il y a deux ans, en posera un autre dans dix-huit mois, ailleurs sans doute. Sur SexeFriend, elle ne cherche pas un schéma à long terme. Elle cherche quelqu'un qui comprend ce calendrier sans lui demander d'expliquer trois fois, qui ne prend pas l'avenir incertain comme une dérobade, et qui sait que vivre à Genève c'est apprendre à dire au revoir aussi bien qu'à dire bonjour.
Il pleut sur le canton de fin octobre à février, avec la bise qui rentre par le bout du lac et qui rabat tout le monde dans les mêmes cafés du Mont-Blanc et de Plainpalais. L'hiver à Genève ne ferme pas la ville, il la concentre. Les profils SexeFriend de novembre à mars sont plus présents, plus précis sur leur quartier, plus prompts à proposer un endroit à dix minutes du tram plutôt qu'un rendez-vous trois jours plus tard à un bout du canton. La saison oblige à choisir vite.
L'été à Genève dure douze semaines, et c'est ce qui rend tout urgent. Les Bains des Pâquis deviennent l'épicentre du canton, Versoix son extension nord, Carouge sa table d'appoint le soir. Les profils sortent plus, écrivent plus court, croisent plus de mondes différents. Mais l'automne revient toujours par la même porte vers le 20 septembre, et la bise rappelle tout le monde au calme. C'est dans ce passage que SexeFriend voit sa courbe la plus active du canton : ceux qui veulent rattraper avant que tout se replie.